Je suis doctorant aux États-Unis, à l’Université d’Illinois en Urbana-Champaign (UIUC). Notez que c’est une des meilleures universités aux États-Unis (cela n’est pas une frime, faites-moi confiance). De plus, Champaign-Urbana (la ville) n’est comparativement pas chère (par exemple par rapport à Boston). Alors, je crois que la plupart des gens en Europe partent du principe que la vie aux États-Unis n’est peut-être pas parfaite, mais elle doit être au moins aisée ; prospère. Après tout, les États-Unis sont le pays le plus riche du monde. Donc, elle doit être au moins meilleure que la vie en Grèce, non ? Pas nécessairement, pas pour les étudiants doctorants, et pas particulièrement si on parle de quelqu’un qui n’est pas un citoyen. Comme moi, par exemple. Aux États-Unis, je suis un « alien ». Je ne rigole pas ; c’est le terme officiel. Certains se plaignent du terme « illégal », mais si on est « illégal », on vient au moins de la Terre.
En tout cas, dans cet article, je vais me focaliser sur l’un des nombreux problèmes des étudiants étrangers : l’hébergement. Cela « hits home », comme les anglophones disent, mais dans ce cas littéralement. Je crois que c’est le début le plus approprié parce que l’hébergement à Athènes, d’où je viens, est vraiment terrible maintenant. Donc, quand j’arrive à Athènes, les gens me disent « tu dois vivre tellement mieux là-bas ». Mais non… Pas du tout, en fait ! Attendez, laissez-moi vous raconter une histoire.
Je suis arrivé aux États-Unis, ou plus précisément à Champaign-Urbana, il y a environ 4.5 ans. Quand j’ai vu mon appartement, d’abord je me suis rendu compte que l’agent de location m’a arnaqué. À cause de COVID, je ne pouvais pas venir aux États-Unis et voir les futurs appartements en personne. De plus, je ne connais personne à Champaign-Urbana. Donc, j’ai signé le bail en ligne choisissant sur la base de vidéos que l’agent de location m’a montrées. Devine quoi ! Il a caché le devant de la porte, où le nombre de l’appartement se trouve, et il m’a dit que l’appartement dans la vidéo est l’appartement numéro 1. Je lui ai fait confiance, principalement parce que en ce temps-là je croyais « Arrête ! Ce sont les États-Unis ». Je n’avais pas non plus entendu parler d’une telle arnaque. Bon, il n’y était pas. L’appartement numéro 1 n’était pas au deuxième étage, mais au rez-de-chaussée. Bien, pas grave. Mais puis je suis entré…
Il s’est avéré que je n’étais pas tout seul : tout l’appartement était infesté de cafards. Il y a des cafards en Grèce, et parfois on les voit peut-être dans un appartement. Mais pas d’emblée ! Ils n’ont pas vérifié l’appartement ? Et puis, les cafards ne vivent pas dans un appartement vide : ils ont besoin de nourriture. En tout cas, j’ai appelé le bureau de location pour faire venir une société de désinsectisation:
Hein ? Qu’il en soit ainsi… Je les ai appelés mais ils n’ont pas décroché. Encore et encore. Pas de réponse. C’est important parce que, comme je l’ai dit, en Grèce aussi on peut voir des cafards dans un appartement. Mais dans ce cas le propriétaire appelle immédiatement une société de désinsectisation. Je ne sais pas s’il est tenu de faire ça – par exemple selon la loi – mais c’est le bon sens : il y a une personne là-bas ! Personne n’est venu pendant des semaines. J’ai dû déménager temporairement (j’espérais) parce que je ne supporte pas les cafards ; spécifiquement les cafards.
À ce stade je veux dire qu’une personne m’a aidé au-delà de mes espérances : Mick Woolf de la « CU Tenant’s Union » (l’association de locataires de Champaign-Urbana), et il l’a fait gratuitement. Quelques années avant de venir à Champaign-Urbana, la CU Tenant’s Union faisait partie de l’Université ! Elle aidait des étudiants qui étaient tombés victimes des propriétaires – et la plupart des victimes des propriétaires étaient et sont encore des étudiants. Mais l’Université a décidé de retirer ce bureau (je me demande pourquoi…) et puis l’indépendant CU Tenant’s Union a émergé.
Alors, avec le secours des gens comme Mick Woolf, j’ai trouvé que préserver un appartement infesté est illégal de la part du propriétaire. Il doit faire quelque chose. Pour signaler cela, on doit contacter la ville, dans ce cas, la « City of Urbana ». Après, un/e inspecteur/inspectrice doit venir à votre appartement pour une inspection sur place. Mais quand ? Il a mis des jours pour répondre à mes appels et des semaines à venir. Après son inspection, il a accordé de multiples prolongations au propriétaire. À nouveau, je me demande pourquoi. Je sais peut-être : parce que je ne suis qu’un locataire. Mais la City of Urbana et les propriétaires ont coexisté depuis longtemps, et ils vont coexister encore longtemps. Il est dans leur intérêt de se soutenir.
Bref, pour faire court parce que l’histoire est vraiment trop longue : J’ai dû gérer ça pendant 2 mois. Cependant, les cafards n’étaient pas le seul problème. Il y avait de la moisissure dans la cuisine, des fenêtres cassées, des poignées de porte manquantes, une machine à laver manquante, et des taches qu’un professionnel pouvait seulement nettoyer. De plus, toutes les réparations ont aussi été très mal faites. Par exemple, un jour il pleuvait et j’entendais les gouttes de pluie trop fortement. Enfin, le problème était qu’il pleuvait à l’intérieur de la maison.1
Bien sûr, l’état de cet appartement est une exception, non ? Pas tout à fait. À l’appartement prochain le frigo était rempli de rouille, la table et le plancher tous les deux avaient une inclinaison, et le climatiseur était tellement vieux qu’il a surpris mon père qui avait entendu parler de tels appareils sur le tas par ses collaborateurs plus âgés (je ne plaisante pas ; c’est le notoire « window air conditioner » quoique dans mon cas, c’était un trou dans le mur.). À l’appartement suivant encore, qui est aussi mon appartement actuel, on ne peut pas marcher partout sur le sol ; bien, on peut le faire, mais le « parquet » grince affreusement à certains endroits. Donc, tous les locataires portent des pantoufles et ils ne circulent pas beaucoup.
Prenons un voyage à travers la richesse aux États-Unis. D’abord, avant de venir aux États-Unis, toutes les maisons que j’avais croisées soit avaient un interphone soit l’interphone n’était pas nécessaire (aux pavillons par exemple). Mais aux États-Unis il y a beaucoup d’appartements sans interphone. Donc, quand notre ami arrive, il faut descendre les escaliers pour lui ouvrir. Les escaliers ? Oui, les escaliers. Beaucoup d’immeubles ici n’ont pas d’ascenseur. C’est parce que selon la loi, notre immeuble est trop petit pour nécessiter un ascenseur, bien qu’il ait quatre étages.
Mais il y a une autre solution pour qu’on n’ait pas besoin de descendre. L’interphone ? Mais non ! La solution est de ne pas avoir de portes du tout ! Par exemple où j’habite maintenant il n’y a pas de porte d’entrée, comme on peut le voir sur la photo tout en haut. Donc on peut venir à mon appartement sans problème. Naturellement on peut aussi s’emparer de tous les paquets d’Amazon,2 mais est-ce que c’est réellement un vol ? Sans une porte d’entrée, l’entrée est en réalité publique.
Il y a une autre idée fausse : le dépôt de garantie doit être remboursé au locataire. Ça n’a pas de sens si on est malin. Quand mon bail s’est terminé à mon deuxième appartement, j’ai récupéré mon dépôt de garantie… bon, quasiment. Au début, j’ai tout récupéré sauf environ $175. Puis, je me suis tourné vers les « Student Legal Services » (les services juridiques pour les étudiants). C’est un service comme le « CU Tenant’s Union », mais UIUC le fournit encore (croisons les doigts, je suppose, pour qu’ils ne suppriment pas celui-ci). Ce service m’a aidé à récupérer $125 encore, donc il me manquait environ $50. Environ $50, hein ? C’est un nombre intéressant parce qu’il n’est pas au hasard. Vous voyez, c’est combien ça coûte pour déposer une plainte. Donc, qui va dépenser $50 pour commencer une affaire contentieuse pour gagner $50 ? En même temps, il faut déposer le dépôt bien avant d’entrer dans l’appartement même si ce n’est pas dans le contrat. Par exemple, mon propriétaire actuel m’a obligé à payer le dépôt quand j’ai signé le contrat, même si le contrat stipulait que je devais le payer avant d’entrer dans l’appartement. Pour l’équité !
Mais les services alors ? On peut supposer que les services aux États-Unis fonctionnent parfaitement. Après tout, les services d’intelligence artificielle sont les meilleurs du monde. Bon, pas de services de livraison et certainement pas à Champaign-Urbana. Plus précisément, le service de livraison de nourriture est simplement terrible. Les livreurs ne livrent presque jamais la commande à votre porte, bien que comme on en a discuté il n’y ait pas de porte d’entrée. Ils l’abandonnent sur la rue, sur les escaliers, sur l’un des quatre coins du bâtiment ; tant que ce ne soit pas devant votre porte, et que ce soit peu hygiénique, tout est permis.
Comme Napoléon a dit (ou peut-être non): « Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours. » Alors, c’est l’heure des photos ! Prenons un voyage à travers les appartements gentils de Champaign-Urbana.
Cette prise d’Internet en piteux état m’a accueilli quand je suis entré dans l’appartement. Il leur a fallu environ 6 mois pour la réparer.
L’Internet dans cet appartement m’a offert une histoire drôle. Avant d’entrer dans l’appartement, le propriétaire nous a envoyé un email qui a mentionné qu’on devait choisir entre deux fournisseurs d’accès à Internet (FAI). J’ai choisi le deuxième parce qu’il était bon marché. Quand j’ai atteint l’appartement, le FAI m’a informé qu’il devait installer un nouveau câblage parce que l’actuel ne marche pas, et pour faire ça, j’ai dû payer $100. En Grèce dans de tels cas, c’est le propriétaire qui paie parce que le locataire va habiter évidemment la maison pour un temps court, alors c’est le propriétaire qui bénéficiera de l’installation. Mais devine quoi ; dans ce cas le propriétaire m’a demandé de payer. Je lui ai dit que ce FAI est un des deux qu’il m’a recommandés, donc l’appartement doit pouvoir l’accueillir. Mais il s’en fout, et je ne pouvais pas me désengager de ce FAI parce que j’avais signé un contrat. L’année suivante ils ont commencé à travailler en partenariat avec un autre FAI et ils nous ont forcés à le payer car il était désormais inclus dans le loyer. Donc, mon installation était inutile.
Comme on peut le voir sur la photo en bas à droite, la moustiquaire est arrachée. Apparemment c’est un problème très dur d’attacher la moustiquaire à la porte. J’ai déposé une demande de maintenance trois fois, et ils sont venus trois fois, mais ils ne sont pas arrivés à la fixer. Finalement, ils sont partis avec la moustiquaire.
Les deux photos du bas posent quelques questions. Tout d’abord l’ongle n’est pas le mien. Je l’ai trouvé (plusieurs d’entre elles, d’ailleurs) quand je suis entré dans la maison pendant l’état des lieux d’entrée. La photo à gauche est un peu confuse. C’est une photo des escaliers de l’immeuble. N’importe quel locataire jetait sa poubelle là pendant environ deux semaines. À un moment je devine il/elle a arrêté(e), mais le propriétaire n’a pas pris la peine de le nettoyer. Donc, on doint maintenant vivre avec ce bazar.
On doit rester sur toutes les deux dernières photos. D’abord, celle-ci à gauche. C’est une blague mauvaise, cette serrure, mais il ne s’agit pas d’une exception. Comme vous avez compris, les maisons des étudiants à Champaign-Urbana sont bas de gamme, mais même dans les maisons normales les serrures sont bien pires que ce qu’on imagine.
La photo à droite est plus intéressante. C’est un avis de passage par la société de désinsectisation. Ils laissent cet avis à l’intérieur. À l’intérieur ? Mais ça insinue que la société a accès à notre maison et ils peuvent entrer même si on n’est pas là. Exactement ! En fait, beaucoup des gens ont une clé de chez vous ici, et bien sûr le propriétaire, mais aussi le locataire dernier, le dernier du dernier, etc.
Réfléchons à comment il marche dans le monde civilisé ; Grèce par exemple. Quand un locataire part d’un appartement, il faut absolument que le propriétaire change la serrure. Cela se fait pour que, comme il est clair, le locataire dernier n’ait plus accès. Après, le locataire prochain prend les clés et le propriétaire ne peut pas posséder un double de la clé. Mais c’est trop avancé ici, alors le locataire prend la clé que le locataire prochain avait et le propriétaire, de même que beaucoup d’autres gens des services, tiennent un double. Pour éviter des problèmes, techniquement le locataire n’est pas autorisé à créer un double. Un bon système basé sur la bonne foi.