Amour Sacré et Amour Profane
Image de base par Wikimedia Commons

le 25 juin 2026

Abstrait

Dans cet article je compare l’amitié et l’amour. Voici le résumé de ma thèse :

  • On donne largement la priorité à l’amour, et ce n’est pas justifié, car seule l’amitié implique les plus hautes qualités de l’humanité, et celles-là seules.
  • Les personnes qui sont d’accord avec moi sont peu nombreuses. La plupart prennent le parti pour l'un des deux côtés:
    • Pour la priorité : Quelques personnes affirment qu’il y a des raisons pour donner la priorité à l’amour. Je soutiens que ces « raisons » ne sont pas justifiées.
    • La priorité n’existe pas : De l’autre côté , où on trouve beaucoup de défenseurs, la position est que l’on ne donne pas la priorité à l’amour. Je soutiens que c’est incompatible avec les faits, et par conséquent, ce n’est pas justifié non plus.

Pour la priorité

Dans ce côté les défenseurs sont d’accord avec moi qu’on donne largement la priorité à l’amour, mais ils ne sont pas d’accord que ce n’est pas justifié. J’analyse toutes les raisons possibles que j’ai pu trouver en faveur de la priorité, et je soutiens qu’il ne s’agit pas en fait des raisons. Autrement dit, les « raisons » ne sont pas justifiées.


L’amour comme une composition de l’amitié et de l’élément érotique

Dans ce champ, la principale raison pour soutenir la priorité de l’amour, c’est voici : l’amour est supérieur à l’amitié parce que l’amour est l’amitié, mais elle inclut quelque chose de plus. Cela suit le proverbe : « ta femme, c’est ta meilleure amie ». Mais évidemment, elle n’est juste pas ta meilleure amie. Elle est aussi quelque chose de plus. Mais, qu’est-ce que cette chose de plus ?

Tout aussi évident que cela paraisse, quand on demande à des personnes cette question – à savoir, c’est quoi, ce truc en plus ? – ils n’ont pas souvent de réponse. Alors, il me semble que cette chose en plus, c’est l’élément érotique. Cet élément pose un problème. Pour le comprendre, on doit se demander : qu’est-ce que l’amitié ?

Pas mal de philosophes ont consacré des livres entiers pour résoudre cette question, donc je ne vais pas répondre suffisamment ici. Mais, en somme, je crois que l’amitié constitue une connexion de deux esprits et de deux âmes. Ce n’est pas une connexion corporelle du tout. Pour cette raison, je crois que l’amitié est la forme des relations humaines la plus haute. Pourquoi ? Parce que l’essence de l’être humain, c’est quoi ? L’esprit et l’âme. Donc, l’amitié isole les deux plus hautes qualités et donc elle surfe sur la vague la plus haute de l’existence humaine.

Rien de tout cela ne pose soi-disant un problème pour les personnes qui conçoivent l’amour comme une composition. Ils arguent : l’amour est constitué de tout cela plus un autre élément, (je soutiens) l’élément érotique. Donc : X + Y > X ou l’amitié + Y > l’amitié. Mais, d’abord, c’est vrai seulement si le Y n’est pas négatif. Ils arguent encore : l’élément érotique n’est pas négatif. Bien au contraire ; c’est une belle chose ! Je suis d’accord, c’est une belle chose. Cependant, le problème c’est qu’il est de moindre valeur de l’amitié. Pourquoi ? Parce qu’il implique des émotions primitives et bestiales à travers le corps. Une fois de plus : il n’y a rien de mal à cela. Mais, une fois qu’on le mêle avec l’esprit et l’âme, il réduit leur valeur parce que ces émotions bestiales ne font pas partie de l’essence de l’être humain.

Généralement, contrairement aux mathématiques, si on ajoute Y à X, le résultat ne va pas nécessairement être de plus haute valeur que X X. Par exemple, disons que je te serre dans mes bras. Si je te donne 20 dollars après coup, cela ne va pas augmenter la valeur du câlin. Au contraire, il va totalement la détruire ! La nature même de mon action changera. Donc, dans certains cas, ajouter un élément Y à X peut éroder X. À mon avis, c’est le cas avec l’amitié et l’élément érotique. Une fois qu’on les mêle, le résultat pourrait avoir une valeur plus élevée que la valeur de l’élément érotique isolé, mais la valeur résultante va être inférieure à la valeur de l’amitié isolée. C’est pourquoi, à mon avis, si c’est la raison de croire que l’amour doit avoir priorité, alors cette raison n’a pas en réalité du sens. Par conséquent, elle n’est pas justifiée.


La priorité de l’amour repose sur la nature humaine

On pourrait croire qu’on en aurait fini avec ce genre de dispute, spécialement après le Leviathan de Thomas Hobbes, mais voilà où nous en sommes : beaucoup de personnes disent encore que telle ou telle chose est morale ou justifiée parce qu’elle fait partie de la nature humaine. C’est hors de propos ! Également, c’est hors de propos si la priorité de l’amour fait vraiment partie de la nature humaine. Si on lit les œuvres autour de l’état de nature – Rousseau, Hobbes, Locke, ou même Kant – le but ultime de la civilisation est de transcender la nature humaine. Mais même si on lit Aristote par exemple, une vie vertueuse ne suit pas nécessairement la nature humaine. Alors, la raison (λόγος) ; c’est le principe ultime, que nous soyons d’accord avec Aristote, Locke, ou Kant, et non nos inclinations bestiales de la nature humaine.


La priorité de l’amour comme un axiome

Ce cas est facile. Les défenseurs partent du principe que l’amour est axiomatiquement de plus haute valeur que l’amitié. Mais évidemment, en ce cas, il n’y a rien à discuter. On fait simplement une pétition de principe. Alors, si quelqu’un part de cet axiome, je ne peux pas contredire cela – c’est-à-dire, je ne peux pas le contredire logiquement. Mais, on doit se demander pourquoi c’est un bel axiome ? En tout cas, il me semble que si on part de ce principe, la conclusion n’est pas raisonnable – à savoir, elle ne s’appuie pas sur la raison – et donc, je crois qu’elle n’est pas justifiée.


La priorité de l’amour n’existe pas

Beaucoup de personnes prétendent qu’on ne donne pas la priorité à l’amour contre l’amitié. Quelques-unes de ces personne de ces personnes disent que comparer l’amour et l’amitié, ça n’a aucun sens. Donc, l’amour n’a pas la priorité parce que cette proposition n’a pas de sens. Quelques autres personnes disent que même si on peut les comparer, on ne donne pas la priorité à l’amour. On pourrait contester ces points de vue, mais au bout du compte, c’est leur conclusion qui me concerne : que l’amour n’a pas la priorité contre l’amitié. Donc, je vais me focaliser sur cette conclusion, parce qu’il est clair que cette affirmation est souvent fausse : elle se met souvent contre les faits.

Bien sûr, parfois c’est vrai. Parfois, la personne qui dit cela ne donne en fait pas la priorité à l’amour. Mais à mon expérience, ce cas est assez rare ; bah, si cette personne est en couple. Sans quoi, cela n’a aucune importance pour mon analyse simplement parce qu’on ne peut pas faire ressortir les points communs et les divergences entre les déclarations/croyances et la réalité.

Alors, à quoi ressemble cette incongruence entre croyance et réalité ? D’abord, la personne vit avec sa moitié. Puis, cette personne traîne avec ses amis, disons, une fois par semaine. Cela insinue que, selon mon estimation, elle passe environ 11 fois plus de temps avec sa moitié qu’avec ses amis. En fait, il s’agit d’une estimation prudente. Voici l’estimation : elle passe au moins cinq heures (sauf sommeil) avec sa moitié par jour, alors 5 × 7 = 35 heures par semaine. Quand elle retrouve ses amis, ils passent, disons, 3 heures. Donc, 35 / 3 = 11.66 fois plus de temps par semaine. De plus, il ne s’agit pas seulement du temps passé. Le simple fait que les amis soient regroupés, tandis que la moitié reçoit une position exclusive, indique la hiérarchie.

Néanmoins, en matière de relations humaines, je crois que la question la plus importante est la suivante : qui nous affecte ? Car, que nous passions beaucoup de temps ensemble ou non, si nous ne nous influençons pas les uns les autres, la relation doit être superficielle. L’influence peut prendre de nombreuses formes. Par exemple, quand on décide où on va habiter, pensons-nous à notre moitié ou à nos amis ? Quand on essaie de prendre une décision, est-ce qu’on commence généralement par demander l’avis de nos amis ou de notre moitié ? Notre situation de vie dépend-elle davantage des décisions de nos amis ou de notre moitié ? À qui pensons-nous le plus ? Qui protégeons-nous le plus ? Qui aidons-nous le plus ?

Ces questions générales et abstraites peuvent se matérialiser de nombreuses manières. Par exemple, je connais quelqu’un qui apprend à parler la langue de sa copine. A-t-il déjà appris la langue d’un de ses amis ? Non. Une autre personne a déménagé avec son copain à l’étranger. Elle pourrait passer autant de temps avec ses amis qu’avec son copain – bien que ce ne soit pas le cas – en les retrouvant en ligne, mais qu’en est-il de la qualité ? Un troisième ami emmenait toujours sa copine partout où il allait.

En tous ces cas, il est clairement irrationnel de prétendre que l’amour n’occupe pas une position hiérarchique supérieure à l’amitié. Soit on se berce d’illusions, soit on trompe les autres.


Vous ne voulez pas manquer aucune mise à jour? Vous pouvez suivre ce flux RSS.